Tout le gâteau à PKP et… des miettes aux autres ?

Il ne fait aucun doute : le choix du prochain chef du PQ sera parmi les grosses nouvelles politiques en 2015.

Si l’on se fie aux sondages, Pierre Karl Péladeau est presque déjà couronné. Dans ce contexte, PKP est-il trop couvert par les médias ? Quelles miettes médiatiques reste-t-il pour les autres candidats à la chefferie du Parti québécois ?

Récemment, des adversaires de PKP à la direction du PQ se sont plaints au chroniqueur du quotidien Le Soleil, Gilbert Lavoie, de l’immense attention médiatique dont bénéficie l’ex-dirigeant de Québecor.

Dans sa chronique intitulée « La notoriété de PKP déséquilibre la couverture des médias », Gilbert Lavoie cite, sous le couvert de l’anonymat, l’un d’eux : « Pierre Karl a des réponses à donner, mais si les médias le couronnent à l’avance… Parce que les médias estiment que c’est réglé, ils lui accordent plus de couverture. Et en lui accordant plus de couverture, ils accréditent l’idée que c’est réglé. »

Toujours dans cette chronique, un autre candidat, qui s’exprime aussi anonymement, s’indigne que le réseau LCN ait couvert pendant une heure complète, le lancement de campagne de PKP le dimanche 30 novembre (aucun autre candidat n’a eu droit à un tel traitement).

« Ça vaut combien d’argent, une heure en direct à LCN ? », demande-t-il. 

Qu’en est-il vraiment ? Les adversaires de PKP ont-ils raison de critiquer la couverture média dont il fait l’objet ? Combien coûte vraiment une heure d’antenne à LCN le dimanche après-midi ?

Regardons les chiffres…

D’abord, une heure à LCN, en plein cœur de l’après-midi du 30 novembre valait la somme ridicule de 1 890 $, selon une estimation effectuée par l’agence Touché! phd. Il y avait seulement 2 600 téléspectateurs à l’écoute par tranche de 30 secondes ; rien pour s’étouffer…

Le dimanche après-midi, ça n’a rien à voir avec le primetime du matin ou l’heure du souper !

En comparaison : 30 secondes de publicité coûtent en moyenne 800 $ (tarif non-négocié) durant l’émission matinale de Paul Arcand au 98,5 FM. Si on extrapole, c’est donc 96 000 $ pour une heure de temps d’antenne chez Arcand. On est loin du coût de LCN le dimanche après-midi…

pierre karl péladeau caricature
Source : Hervé Philippe, La Tribune

 

PKP vs les autres

Maintenant, comparons jusqu’à quel point Pierre Karl Péladeau est plus médiatisé que les autres candidats à la direction du PQ.

Si l’on analyse le simple volume de mentions (sans pondération) des aspirants chefs du PQ dans les médias du Québec, voici la part de chacun depuis le 18 octobre 2014 (date du début de la période de mise en candidature) :

Candidats

%

Pierre Karl Péladeau

32 %

Martine Ouellet

17 %

Bernard Drainville

16 %

Alexandre Cloutier

15 %

Jean-François Lisée

14 %

Pierre Céré

5 %

 

100 %

 

En clair, PKP obtient le tiers du volume de mentions ; les autres se partagent les deux tiers du gâteau restant.*

PKP est donc deux fois plus mentionné en lien avec la course à la chefferie du PQ que les candidats Ouellet, Drainville, Cloutier et Lisée.

L’autre question – plus importante aux yeux des adversaires de PKP : est-ce que les médias de Québecor couvrent trop leur ancien patron par rapport aux autres candidats ?

Comparons le volume de mentions des candidats dans Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec vs La Presse et Le Soleil : 

 

La Presse /
Le Soleil

JdeM / JdeQ

Pierre Karl Péladeau

35 %

40 %

Jean-François Lisée

19 %

15 %

Martine Ouellet

14 %

14 %

Bernard Drainville

14 %

12 %

Alexandre Cloutier

13 %

13 %

Pierre Céré

6 %

5 %

 

100 %

100 %

 

Ainsi, PKP accapare 35 % du volume de mentions accordé aux six candidats dans La Presse et Le Soleil, et 40 % de celles du Journal de Montréal et du Journal de Québec. L’écart est non significatif.

 

Poids santé

Mais les plus malins reprocheront peut-être aux médias de Québecor de couvrir plus favorablement PKP que les autres groupes de presse…

Car au-delà du poids médiatique, il faut aussi s’intéresser au poids santé de la couverture de presse.

Si on est hyper-médiatisé, mais que l’on reçoit uniquement de la couverture négative, ça cause plus de tort que de bien ! À l’inverse, si notre couverture est favorable, là, ça devient avantageux !

Parmi les retombées de presse qui semblent avoir fait jaser au sein des troupes péquistes, on retrouve un reportage sur « La semaine gourmande de Pierre Karl Péladeau », signé par Thierry Daraize.

Combien vaut ce reportage publié à la fois dans Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec ?

Compte tenu que PKP y est présenté sous son plus beau jour, il s’agit d’un gain de réputation de 71 820 $ pour lui, selon notre outil d’évaluation des médias mesure [d]**. Une retombée de presse très payante pour l’ex-magnat de la presse.

Sur les médias sociaux, plusieurs ont aussi souligné – pour ne pas dire raillé – que l’agence QMI, propriété de Québecor, ait élu PKP personnalité de l’année 2014. Bref, le débat est lancé.

En somme, tous les médias, qu’ils soient propriété de Québecor ou non, couvrent abondamment PKP et laissent des miettes aux autres candidats à la direction du PQ.

Mais si en plus, l’homme d’affaires, devenu politicien, bénéficie d’une visibilité plus favorable, complaisante et glamour que les autres candidats – pensons au mariage qui s’en vient – on pourra vraiment parler, à ce moment-là, d’un avantage médiatique marqué pour PKP.

 

* La recherche a été effectuée dans la base de données Eureka.cc dans les journaux, sites Web, radio et télévision du Québec.

** Précision : Après avoir déterminé le coût publicitaire avant négociation d’une retombée de presse, mesure [d] évalue différentes variables d’analyse afin d’établir le gain ou le déficit de réputation de la retombée. Le gain ou le déficit de réputation (en dollars) d’une retombée est calculé à partir de plusieurs critères quantitatifs et qualitatifs pondérés, dont le traitement journalistique accordé au message ainsi que les aspects graphiques et visuels. Mesure [d] est au service des organisations et des marques depuis 1994.

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1 commentaire(s)

  1. Claude 3 années auparavant

    Les faits sont toujours le meilleur point de départ pour comprendre une situation et dégager la réalité de la perception. Merci d’avoir fait le point sur ce sujet!

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