Analyse de presse

Campagne, 8e semaine : niqab, nouveau débat et un député à l’eau !

Par Caroline Roy   |   23 septembre 2015
Jean-François Larose

Niqab, niqab, niqab : les médias ont-ils trop traité de cet enjeu ? Plusieurs estiment que oui. Pendant ce temps, des candidats continuent d’enfiler les pelures de banane et les femmes et les enjeux féministes tentent de se distinguer dans cette campagne électorale.

 

Les gains :

1- Timide culture

La culture se pointe timidement dans la campagne électorale. Justin Trudeau a annoncé qu’il renverserait les choix faits par les conservateurs en culture. Le chef libéral promet, notamment, d’investir 150 millions supplémentaires pour Radio-Canada. La nouvelle, publiée sur le site web de Radio-Canada, vaut un gain de réputation de 2 250 $ à Justin Trudeau et son parti, selon notre outil d’évaluation des médias mesure [d].

Cela dit, le sort de la culture dans cette campagne électorale ne semble pas interpeller les artistes québécois. Alors que plusieurs étaient rassemblées à la cérémonie des Gémeaux dimanche soir, aucun n’a profité de l’occasion pour s’adresser aux politiciens fédéraux.

 

2- Le débat en français : un point tournant pour Duceppe et les libéraux ?

Si Gilles Duceppe a peiné à s’illustrer dans les sujets les plus médiatisés de cette campagne – affaire Duffy, récession, migrants, débats en anglais, etc. – le prochain débat en français pourrait lui donner l’occasion de « gonfler » sa visibilité médiatique. Saura-t-il la saisir ?

De son côté, le Globe and Mail estime que le débat en français pourrait aussi être un point tournant pour Justin Trudeau au Québec. À suivre ce soir…

 

3- Y-a-t-il des femmes dans cette campagne ?

C’est la question que certains médias veulent mettre en lumière ces jours-ci. Les quotidiens Le Devoir et le Toronto Star ont organisé un débat lundi sur les enjeux féministes. Tous les chefs ont envoyé leurs commentaires sur ces enjeux par vidéo, sauf Stephen Harper.

Malgré tout, une candidate conservatrice, Michelle Kempel, se veut plus visible dans le reste du Canada pendant cette campagne que le ministre des Finances Joe Oliver et le ministre des Affaires étrangères, Rob Nicholson, si l’on se fie à une dépêche de La Presse canadienne.

Pour sa part, une candidate indépendante dans Papineau, Kim Waldron, se plaint de ne pas pouvoir être désignée comme « indépendante » sur le bulletin de vote.

Mentionnons aussi le NPD qui a visé la parité candidats-candidates. Le parti présente près de 50 % de candidates au Québec.

Conclusion : le féminin essaie tant bien que mal de l’emporter sur le masculin durant cette campagne…

 

Les déficits :

1- Mulcair, encore rattrapé par son passé

Décidément, Thomas Mulcair remporte la palme du chef le plus rattrapé par son passé au cours de cette campagne. Après les allusions à Margaret Thatcher, les syndicats et l’eau embouteillée, le chef du NPD est hanté cette semaine par sa position sur le mont Orford et les « newfies ». En visite à Terre-Neuve, M. Mulcair s’est excusé d’avoir déjà traité les Terre-Neuviens de « newfies ».

Pendant ce temps, d’ex-collègues du Parti libéral du Québec affirment que M. Mulcair supportait la privatisation du mont Orford à l’époque où il était ministre de l’Environnement. La nouvelle, publiée dans La Presse +, représente un déficit de réputation de -30 000 $ pour le chef du NPD.

 

2- Avons-nous parlé du Niqab ?

À tort ou à raison, le port du Niqab est devenu un sujet de discussion de la campagne, n’en déplaisent à ceux qui croient que c’est un non-enjeu. Depuis une semaine, le terme « Niqab » a été mentionné dans au moins 1 030 articles publiés dans les journaux et sur le web au pays. Près de la moitié de ces articles ont été publiés au Québec. Si l’on considère qu’il y a environ une soixantaine de femmes portant le Niqab au Québec, chacune de ces femmes a donc eu droit à huit articles sur elle depuis une semaine.

 

3- Les candidats douteux s’accumulent

Une longue campagne électorale a aussi ses avantages : comme celle de dénicher un nombre record de candidats douteux grâce aux médias sociaux. Cette semaine, on apprenait qu’un candidat conservateur de Winnipeg avait déjà comparé l’avortement au 11 septembre et à l’holocauste…

Pour sa part, le Bloc québécois, déjà pas mal éclaboussé dans ce domaine, a dû chasser un candidat qui avait louangé le Front national en France après les attentats de Charlie Hebdo. Une autre candidate bloquiste s’est aussi confondue en excuse après avoir appuyé sur Facebook un groupe qui s’oppose à « l’islamisation » du Québec.

 

4- Il ose se baigner dans le fleuve

Après le jingle de Maxime Bernier, d’autres candidats s’illustrent, malgré eux, dans la sphère de la viralité. Candidat de Forces et démocratie dans l’est de Montréal, Jean-François Larose se présente, en vidéo, tel un homme qui ose se baigner dans le fleuve pollué. Dégoulinant d’algues vertes, il promet même d’aller rencontrer le prochain premier ministre – portant ces mêmes habits ! – pour le sensibiliser à l’environnement. Parions que les électeurs de son comté n’en demandent pas tant !

https://www.youtube.com/watch?v=eJbP2luxh0E

 

5- Nervosité et malaise sur la rive-sud

Dans la même veine, un débat avec le candidat du NPD, Pierre Chicoine, diffusée sur une télévision régionale de la rive-sud, s’est propagé mardi dans les médias. Le candidat est à ce point nerveux qu’il peine à répondre aux questions de la journaliste, notamment sur le péage sur le pont Champlain. Le malaise, suscité par M. Chicoine, est si important que le chroniqueur Jean Lapierre en a traité sur les ondes de LCN. Voilà un candidat qui vit difficilement son baptême médiatique.

https://www.youtube.com/watch?v=76FSuPTtjek

 

* Après avoir déterminé le coût publicitaire avant négociation d’une retombée de presse, mesure [d] évalue différentes variables d’analyse afin d’établir le gain ou le déficit de réputation de la retombée. Le gain ou le déficit de réputation (en dollars) d’une retombée est calculé à partir de plusieurs critères quantitatifs et qualitatifs pondérés, dont le traitement journalistique accordé au message ainsi que les aspects graphiques et visuels.


Caroline Roy
Caroline Roy
Caroline Roy œuvre dans le domaine des communications depuis plus de 10 ans. D’abord journaliste, notamment au Journal de Montréal pendant quatre ans, elle a agi comme analyste principale chez un courtier en information médias, avant de se joindre à l’équipe de Mesure Média en 2013, où elle a rapidement montré sa passion et sa détermination au point d’en devenir associée et vice-présidente dès 2015.