Analyse de presse

Campagne, 9e semaine: des gains conservateurs, la langue de Trudeau et le niqab, encore

Par Caroline Roy   |   1 octobre 2015
Débat Munk

Les débats sont la marque de commerce de cette 9e semaine de campagne. Les sondages occupent aussi beaucoup d’espace médiatique alors que le NPD perd des points et que les conservateurs en récoltent. Sans oublier l’enjeu du niqab qui pourrait bien rester dans l’actualité jusqu’au 19 octobre…

 

Les gains :

1- Conservateurs : les bonnes nouvelles sont au rendez-vous

Cette 9e semaine est sans doute la meilleure pour les conservateurs depuis le début de la campagne : le parti progresse dans les sondages et Stephen Harper se tire indemne des débats. En prime : le premier ministre sortant propose une loi pour empêcher les hausses d’impôts et de taxes ! Une technique qui a fonctionné auprès des conservateurs au Royaume-Uni. Et le niqab traîne toujours dans l’actualité. Bref, tout baigne pour les troupes de M. Harper.

 

2- Rare entrevue de Stephen Harper à la radio

On ne peut pas dire que Stephen Harper multiplie les entrevues à la radio durant cette campagne. Les auditeurs de CHOI Radio X, à Québec, ont été gâtés, lundi, alors que le chef des conservateurs a donné une entrevue à Dominic Maurais. Une longue entrevue durant laquelle M. Harper a blâmé Radio-Canada pour ses faibles cotes d’écoute. Cet entretien avec l’animateur de Radio X vaut un gain de réputation de 15 300 $* pour Stephen Harper, selon notre outil d’évaluation des médias, mesure [d].

 

3- Justin Trudeau : gagnant du débat Munk

Le débat Munk sur la politique étrangère n’a pas récolté des grosses cotes d’écoute. Dans ce contexte, ce qui compte, ce sont les commentaires d’après-débat. Les chroniqueurs Jean Lapierre, Chantal Hébert et Vincent Marissal ont déclaré Justin Trudeau gagnant du débat Munk, mardi matin, à leurs tribunes respectives. Pour le chef du PLC, il s’agit d’un gain de réputation de 3 210 $* pour ce seul segment de la chronique de Jean Lapierre au 98,5 FM.

 

4- La bataille du week-end

Pendant que les libéraux – sans Justin Trudeau – dévoilaient leur cadre financier un samedi, les néo-démocrates ont opté pour le dimanche pour annoncer leur plan vert. Quelle stratégie est la meilleure ? Samedi ou dimanche pour faire des annonces ? Définitivement, le dimanche.

En faisant son annonce un samedi, le cadre financier du PLC n’a pas été traité dans les quotidiens, qui ne publient presque plus le dimanche. De son côté, le plan vert du NPD s’est retrouvé en une du Toronto Star lundi matin. Le NPD a aussi pu compter sur le retour des morning man à la radio et à la télé pour faire vivre la nouvelle pendant près de 24 heures.

 

Les déficits :

1- Sondages décevants pour le NPD

L’accent mis sur le débat du niqab dans les médias fait dégringoler les intentions de vote du NPD, surtout au Québec. Un article du Journal de Montréal, annonçant la fin de la lune de miel du NPD au Québec, représente un déficit de réputation de -21 170 $* pour le parti.

Il fallait donc s’y attendre : des voix dissidentes à la position du NPD sur le niqab se font entendre. Si Thomas Mulcair affirme être à l’aise avec la prestation de serment à visage couvert, Roméo Saganash et quelques autres candidats néo-démocrates ne l’entendent pas ainsi. Selon M. Saganash, le niqab est un « vêtement d’oppresseur ». Le débat sur le niqab continuera-t-il jusqu’au 19 octobre pour revenir en Chambre après l’élection ?

 

2- Quand ta conjointe arrête une entrevue

Le candidat du NPD dans Manicouagan, Jonathan Genest-Jourdain, a vu sa conjointe interrompre une entrevue qu’il donnait à un journaliste de TVA. Après six minutes d’entrevue, la conjointe de M. Jourdain a décidé qu’elle n’aimait plus les questions. Coupant la conversation à la caméra, elle a rappelé à son compagnon qu’il avait du porte-à-porte à faire. Aussi simple que ça !

Selon le couple, le journaliste de TVA devait poser des questions sur l’assurance-emploi alors qu’il s’est plutôt employé à répéter les critiques des adversaires à l’endroit de M. Genest-Jourdain. Méchant journaliste!

 

3- Le français de Justin Trudeau au débat de Radio-Canada

Plan Justin TrudeauSi Justin Trudeau a bien performé au débat Munk, on ne peut pas en dire autant au débat de Radio-Canada. La qualité de son français a fait énormément jaser. Sans parler de cette phrase, qu’il a répété sans cesse telle une cassette : « J’ai un plan ».

C’est toutefois le quotidien anglophone The Gazette qui avait vu venir les défauts de langage des chefs en français. Deux jours avant le débat de la SRC, un professeur de littérature de l’Université de Montréal nous avait prévenu : « He (Trudeau) makes strange mistakes, the kinds you don’t expect to come out of the mouth of a francophone. »

 

4- Les francophones hors-Québec oubliés

Les dernières minutes du débat de Radio-Canada étaient à peine écoulées que déjà, les francophones hors-Québec se disaient déçus de ne pas avoir été un sujet de discussion. Sentant venir la controverse, Radio-Canada n’a pas tardé à réagir. Le directeur de l’information, Michel Cormier, s’est promené sur les différents plateaux de la société d’État pour se défendre d’avoir négligé les francophones hors-Québec.

En réalité, en se plaignant d’être ignorés, les francophones du reste du Canada ont réussi à faire plus parler d’eux que s’ils avaient fait l’objet d’une question durant le débat…

 

* Après avoir déterminé le coût publicitaire avant négociation d’une retombée de presse, mesure [d] évalue différentes variables d’analyse afin d’établir le gain ou le déficit de réputation de la retombée. Le gain ou le déficit de réputation (en dollars) d’une retombée est calculé à partir de plusieurs critères quantitatifs et qualitatifs pondérés, dont le traitement journalistique accordé au message ainsi que les aspects graphiques et visuels.


Caroline Roy
Caroline Roy
Caroline Roy œuvre dans le domaine des communications depuis plus de 10 ans. D’abord journaliste, notamment au Journal de Montréal pendant quatre ans, elle a agi comme analyste principale chez un courtier en information médias, avant de se joindre à l’équipe de Mesure Média en 2013, où elle a rapidement montré sa passion et sa détermination au point d’en devenir associée et vice-présidente dès 2015.