Analyse de presse

Les hauts et les bas de la couverture de presse

Par Pierre Gince, PRP, ARP   |   29 septembre 2011
Les hauts et les bas de la couverture de presse

Les hauts et les bas de la couverture de presseDans un monde idéal, je présume que tous les communicateurs voudraient aller au ciel sans mourir. Et ce, après avoir été associés à des campagnes de relations de presse « à leur goût », ce qui signifie :

1- qu’elles ont eu lieu à des moments choisis ; 2- qu’elles ont généré une couverture de presse très positive, en reprenant tous les messages clés souhaités ; 3- et que les retombées les plus significatives se
sont retrouvées dans les médias ciblés.

Hélas, ça ne se passe pas comme ça…

Plusieurs facteurs interfèrent dans la gestion des communications. Et l’un des plus importants est sans contredit la gestion globale adoptée par les organisations et les individus – ce qui a nécessairement un impact important sur leur rayonnement et leur réputation. Pour le meilleur ou… le pire.

L’actualité regorge de beaux exemples. J’en ai choisi deux : Couche-Tard et Jacques Duchesneau.

 

Couche-Tard : une absence qui pénalise…

Situation : Vedette du Québec inc. depuis sa création, Alimentation Couche-Tard faisait presque toujours l’objet, jusqu’à l’an dernier, de retombées de presse positives : profils sur son président Alain Bouchard, acquisitions aux États-Unis, plus récentes saveurs de sa sloche, etc.

Décision récente de gestion : Fermer trois dépanneurs en alléguant des revenus insuffisants. Mais la CSN et les médias associent ces fermetures aux demandes d’accréditation syndicale en cours.

Action de communication : Il est plus juste de parler « d’inaction ». Parce que la direction d’Alimentation Couche-Tard est totalement absente de cet enjeu – pourtant sur la place publique depuis plusieurs semaines – et là pour le rester.

Résultat : M. Bouchard a bien le droit d’avoir des convictions (la chroniqueure Sophie Cousineau, de La Presse, affirme : « Alain Bouchard  est farouchement antisyndical et il assume ses opinions »).

Mais il gagnerait sans doute à tenir compte de l’impact négatif de ses convictions sur la marque Couche-Tard. Puisque les consommateurs sont de plus en plus informés et… très prompts sur leurs claviers !

Les investisseurs institutionnels lisent aussi les revues de presse, et leurs gestionnaires n’aiment pas la controverse…

Erreur commise : Être absent. Parce qu’un dicton dit : « Les absents ont toujours tort ». Même quand on est le leader par excellence d’un segment important du commerce de détail au Québec.

Les syndicats s’en donnent donc à cœur joie, profitant de toutes les tribunes possibles pour frapper sur le même clou : Alimentation Couche-Tard est antisyndical.

Si j’étais dans l’entourage de M. Bouchard, je lui proposerais ceci : non pas répliquer, mais véritablement reprendre l’initiative.

Comment ?

  • en affirmant, sur un ton courtois, être « pro-employés »
  • en dévoilant du même souffle, sur la place publique, de nouvelles conditions plus avantageuses pour eux
  • en présentant son administration comme étant ouverte et soucieuse de leur qualité de vie au travail, et ce, malgré un contexte de concurrence féroce

Pourquoi ? Parce qu’il sera plus avantageux et moins coûteux à Alimentation Couche-Tard, à moyen terme, d’investir rapidement dans sa réputation que d’entretenir ce bras de fer – les Québécois étant « pro-employés » bien avant d’être « pro-syndicats ».

Jacques Duchesneau : superstar… finalement !

Situation : Vedette dans les médias lorsqu’il était le directeur du SPVM, M. Jacques Duchesneau, a mordu la poussière lorsqu’il fut candidat à la mairie de Montréal. Peu de temps après son arrivée à la tête de l’Unité anticollusion, des révélations liées au financement de sa campagne électorale municipale l’ont amené à se retirer temporairement de son poste. Toute une chute sur le « baromètre de la crédibilité » pour un homme qui a bâti sa réputation sur cette notion…

Revenu en poste, M. Duchesneau faisait son travail sans que les Québécois s’en rendent compte. Puis, une version de son rapport à l’intention du ministre des Transports fut l’objet d’une fuite à Radio-Canada… et voilà Jacques Duchesneau devenu Superstar !

Décision récente de gestion : On ne saura probablement jamais qui a coulé ce rapport…

Action de communication : De toute évidence, M. Duchesneau a pris lui-même en main ses communications, en commentant abondamment le contenu de son rapport. Et ce, avant même d’en avoir discuté avec ses patrons direct et indirects (le ministre des Transports et les membres de l’Assemblée nationale)…

Résultat : En se positionnant comme l’ Eliott Ness des temps modernes devant tous les Québécois, il a savouré, à l’émission Tout le monde en parle, son « 15 minutes de gloire », à laAndy Warhol… sans toutefois rien nous apprendre.

Erreur commise : Ne pas respecter la hiérarchie de l’organisation qui l’emploie, ni la séquence des événements prévus ou prévisibles.

Si M. Duchesneau avait accordé toutes ses entrevues à la suite de son passage devant la Commission de l’administration publique de l’Assemblée nationale – et non avant – il se serait tout de même positionné, dans l’opinion publique québécoise, comme un excellent défenseur de nos intérêts.

Qu’en pensez-vous ?