Boue, cibles et mèmes 101

Quand on observe ce qui s’est passé dans les médias au cours des derniers jours, doit-on se surprendre du haut niveau de cynisme qui a gagné les Québécois et de la nouvelle chute anticipée du vote, le 1er octobre prochain ?

Les lanceurs de boue éclaboussés

Contrairement à la campagne électorale positive promise, le Parti libéral du Québec s’est abaissé au moins trois fois à lancer de la boue sur ses adversaires : ce fut d’abord le tandem Christine Saint-Pierre – Marwah Rizqy qui a accusé François Legault de « féminisme de façade », puis Marc Tanguay qui s’en est pris, samedi dernier, au candidat caquiste Ian Lafrenière. Par la suite, ce fut un trio qui passa à l’offensive : à nouveau Marc Tanguay, en compagnie des ministres Pierre Arcand et Isabelle Melançon.

Plusieurs analystes politiques ont critiqué le PLQ pour ces sorties en parallèle de la campagne de leur chef – générant par le fait même des déficits de réputation aux libéraux. Voici deux exemples :

  • La guerre des « goons », La Presse+, 5 septembre 2018. Toutes les variables sont négatives, dont celles-ci : le titre, l’amorce, le traitement journalistique, le ton et le nombre de mentions. Déficit de – 28 275 $ pour le PLQ.
  • Chronique de Bernard Drainville, Puisqu’il faut se lever, 98,5 FM, 4 septembre. Toutes les variables sont négatives, dont celles-ci : la présentation du sujet, le ton et le traitement journalistique. Déficit de – 13 905 $ pour le PLQ.

Si les libéraux ont été les plus malmenés à ce sujet, les caquistes et les péquistes ne sont pas en reste puisqu’ils ont aussi payé le prix pour avoir joué dans la même boue.

Qu’en est-il de Québec solidaire ?

Source : Le Soleil

Un chroniqueur économique de La Presse+ vante QS !

Comme le parti obtient moitié moins d’attention médiatique que ses trois concurrents, Québec solidaire doit mener une campagne différente de celle de ses adversaires.

Nullement influencée par les réflexes du passé de ses concurrents, QS a créé deux circuits parallèles pour ses porte-paroles Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois – et ce, de toute évidence en fonction de leur personnalité et des cibles à toucher.

Ainsi, Manon Massé est omniprésente dans les médias traditionnels alors que Nadeau-Dubois – encore très associé aux carrés rouges de 2012 – se fait plutôt remarquer sur les réseaux sociaux auprès des clientèles plus jeunes.

GND compte plus de 28 000 abonnés à sa page Facebook et son taux d’engagement est relativement élevé (4,15 %). Il surpasse sa collègue Manon Massé (22 000 abonnés, taux d’engagement de 3,05 %).

Et alors que les deux seuls journalistes des médias traditionnels qui se trouvaient à bord de la caravane de QS l’ont quittée, Gabriel Nadeau-Dubois a lancé une invitation aux blogueurs à monter à bord, leur assurant carte blanche. Dès le premier jour, Jessie Nadeau et Alexandra Stellini – deux participantes d’Occupation double à Bali – ont accompagné GND dans sa campagne afin de présenter l’envers du décor à leurs milliers d’abonnés Instagram.

Malgré des engagements financiers qui sont souvent critiqués (ex : 38 nouvelles stations de métro à Montréal), il reste que les projets qui collent aux valeurs de QS sont parfois soulignés très favorablement. Ainsi, jeudi dans La Presse+, le chroniqueur Francis Vailles a vanté la pensée environnementale de Québec solidaire ! Voici notre analyse :

  • Pas de projet de société, vraiment ?, La Presse+, 6 septembre 2018. Toutes les variables sont neutres ou positives, dont celles-ci : le titre, la mortaise, l’emplacement dans le média, le nombre de citations et le ton. Gain de 32 516 $ pour QS.

Sans surprise, M. Vailles a terminé sa chronique avec les mots suivants : « Dans une prochaine chronique, j’analyserai le cadre financier de Québec solidaire. Et cette fois, vous pouvez oublier les fleurs… »

Bienvenue dans l’univers des mèmes

Après que Manon Massé eut lancé « Ça prend pas le pogo le plus dégelé de la boîte pour comprendre… », ce mème a vu le jour !

Selon Laurent Tremblay, gestionnaire de communauté chez Sid Lee et créateur de quelques pages connues – dont Être une mère de famille à Ville Mont-Royal – « un mème Internet est un symbole culturel ou une idée partagée par un grand nombre de façon virale. Il peut prendre la forme d’une photo, d’une image, d’une vidéo, de quelques phrases ou de symboles. Bref, le mème est présent dans tous les formats accessibles sur le web ».

Grâce aux mèmes, les citoyens se parlent entre eux selon leurs affinités, leur humour et leurs fantaisies.

Les mèmes se propagent comme un rhume à travers les médias sociaux. « Ils progressent et deviennent parfois très populaires en peu de temps », ajoute le créateur de contenu de 22 ans. Or, le concept derrière certains mèmes s’essouffle plus vite que d’autres ; cela dépend du taux d’engagement des abonnés aux différentes pages. « Les créateurs de mèmes sont les caricaturistes de notre génération ! », note Laurent.

Cette semaine, plusieurs jeunes qui ont choisi d’investir temps et créativité dans les mèmes se sont concertés afin d’adapter leur nom et leur logo à des partis politiques qui les rejoignent.

Ces démonstrations d’humour peuvent plaire ou déplaire aux gestionnaires de marques – en politique comme dans tout autre secteur. Mais ils n’y peuvent rien…

Les mèmes permettent aux citoyens de prendre, une fois de plus, le contrôle des marques.

Jeudi, le Journal de Québec rapportait que les mèmes ont investi la circonscription de Taschereau, à Québec, et que les créateurs y ont pris plaisir à rebaptiser la candidate du PQ Diane Lavallée « Dana », comme dans La Tribu De Dana, oeuvre fameuse de rap celtique !

La candidate du PQ dans Taschereau, Diane Lavallée, a été rebaptisée Dana…

 

… avant de saisir la balle au bond et de réécrire les paroles de la chanson ! Source : Le sac de chips

Rapidement, Diane Lavallée et son entourage ont saisi l’impact des mèmes auprès des jeunes électeurs puisqu’à eux deux, les pages « Fruiter » et « Lynternait » comptent quelque 200 000 abonnés – un rêve pour les partis politiques !

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