À LA UNE

Trois ministres du gouvernement caquiste bras dessus bras dessous avec Greenpeace : même un scénariste très imaginatif n’aurait pas osé… Et c’est pourtant arrivé !

Coup de tonnerre en direct à la télévision, mercredi dernier, alors que plus de 400 personnalités québécoises – la plupart de la communauté artistique – ont donné le coup d’envoi au Pacte pour la transition – une démarche québécoise de sensibilisation et de mobilisation envers l’environnement.

Et depuis, à travers les innombrables hommages envers Bernard Landry et le mauvais quart d’heure vécu par Bombardier et son président Alain Bellemare, « le pacte » s’est imposé dans l’actualité – notamment lors d’une marche très médiatisée qui aurait réuni quelque 50 000 personnes à Montréal samedi dernier. Il a été question du pacte partout, continuellement. Et, au moment d’écrire ces lignes, près de 200 000 personnes l’avaient signé. Malgré cela, les travers de cette stratégie ont remonté à la surface.

Combien ?

Près de 1300 retombées dans les médias traditionnels québécois en huit jours – pour une cause louable parmi bien d’autres – c’est énorme.

C’est principalement à la radio et à la télévision qu’il fut question du pacte (plus de 80 % du rayonnement(, bien loin devant le web (15 %) et la presse écrite (4 %).
La répartition de la couverture médiatique est excellente : près de 30 % dans le grand Montréal, plus de 11 % à Québec et une présence significative dans les autres marchés.

En quelques jours, plus de 30 000 personnes se sont abonnées à la page Facebook, et l’organisation a également été active sur les différents médias sociaux.

Lorsque la montée d’un auditoire est aussi rapide, il n’est pas surprenant que le taux d’engagement soit faible (0,27 %).

Les médias qui ont traité la nouvelle sur leurs principales plateformes ont également parlé du pacte sur leurs comptes Facebook. Mais, ce sont les citoyens qui ont été les plus actifs pour commenter favorablement ou non – sur leurs pages personnelles et d’innombrables sites – l’avènement de ce pacte dans l’actualité.

Les médias sont-ils impartiaux ?

De nos jours, il y a encore des adultes qui croient au Père Noel et à l’impartialité des médias. Désolé de vous l’apprendre peut-être, mais ni l’un ni l’autre n’existe…

Privés ou publics, les médias sont dirigés par des individus qui ont des valeurs et des intérêts différents.

Qu’ils soient publics ou privés, à but lucratif ou des OSBL, les médias ont des missions et des plans d’affaires, et ils sont dirigés par des individus qui ont des valeurs et des intérêts différents. Conséquemment, aucune de leurs décisions liées au traitement des nouvelles n’est impartiale…

L’enjeu du pacte illustre très bien cette affirmation puisque, d’un média à l’autre, la couverture a été très différente.

Ainsi, tel que démontré sur sa page Facebook, Ensemble, accélérons la transition énergétique rappelle que le Journal de Montréal y est allé de tirs groupés sur le pacte.

À l’opposé, le quotidien Le Devoir – média par excellence de la communauté culturelle montréalaise – a été beaucoup plus clément dans sa couverture, tout en soulignant les limites de la démarche.

Nous avons analysé quatre retombées :

  • Dominic Champagne lance le Pacte pour la transition pour lutter contre les changements climatiquesLe Québec Maintenant, entrevue diffusée au 98,5 FM, 107,7 FM Estrie, 106,9 FM Mauricie et 104,7 FM Outaouais le 7 novembre 2018.  Toutes les variables sont positives, dont celles-ci : la présentation du sujet, le ton et le traitement journalistique.  Gain de réputation combiné de 17 035 $ pour le Pacte ;
  • Activists confident François Legault gets message on climate change, The Gazette, 9 novembre 2018. Toutes les variables sont positives, dont celles-ci : le titre, l’emplacement dans le média, le ton et les citations. Gain de réputation de 31 240 $ pour le Pacte;
  • Le Pacte et les enfants gâtésJournal de Montréal, 12 novembre 2018. Texte d’opinion de Sophie Durocher.  Majorité de variables négatives dont celles-ci : le titre, le traitement journaliste et le ton. Déficit de réputation de – 12 640 $ pour le Pacte;
  • Moi, je signe, aux élus d’en faire autant !, La Presse+, 10 novembre 2018.  Texte d’opinion signé par l’ex-ministre Michelle Courchesne.  Toutes les variables sont positives ou neutres, dont celles-ci : le titre, le traitement journaliste et le ton.  Gain de réputation de 8 710 $ pour le Pacte.

Et essayons d’imaginer tout le « Plateau Bashing » que le sujet a pu susciter dans certaines radios de Québec…

Pourquoi cette fois-ci et pas les autres ?

On ne compte plus les tentatives de toutes sortes et de toutes parts pour positionner, dans l’actualité, l’avenir de la planète et les actions à poser par les citoyens. Pourquoi un tel succès, cette fois-ci ?

Voici les principaux ingrédients de ce qui a fonctionné et… ce qui n’a pas été réussi :

Ce qui a fonctionné :

  1. Dominic Champagne est un excellent porte-parole. Il allie ténacité (il défend des causes depuis plusieurs années), conviction (son pacte est présenté avec une grande logique) et grande aisance à communiquer. Il n’a pas besoin d’être un scientifique… rien qu’un vulgarisateur ;
  2. Les médias aiment les gestes d’éclat. Or, une conférence de presse qui réunit 400 personnes connues fait la nouvelle ! La rencontre de Dominic Champagne avec le Premier ministre, puis une marche populaire réussie le lendemain ont contribué au momentum médiatique ;
  3. L’accueil du Premier ministre. Seulement deux jours après la conférence de presse, François Legault et sa ministre de l’environnement ont accueilli et écouté Dominic Champagne – au point où trois ministres ont été dépêchés à la marche du lendemain. Mais, sans surprise, le PM n’a pas signé le pacte ;

Ce qui n’a pas été réussi :

  1. Les contradictions des participants. Une fois la première impression spectaculaire passée, les contradictions allaient évidemment jaillir : untel est porte-parole d’une marque d’automobiles, la très grande majorité ont des véhicules à essence et des maisons trop grandes, ils boivent leurs lattés dans des verres jetables, etc. ;
  2. L’événement était « blanc, franco, Plateau ». Malgré son succès, le cri du cœur aurait été bien plus fort si de nombreux gens d’affaires, élus, athlètes et leaders de différents milieux avaient été présents et mis en vedette ;
  3. L’objectif est irréaliste. Un million de Québécois qui allaient signer le pacte… Vraiment ? L’annonce d’un objectif de 200 000 signataires – sur le point d’être atteint – aurait été réaliste, suivie d’une annonce de réussite et, par la suite, l’atteinte d’autres seuils ;
  4. L’impression de se substituer au gouvernement. Une autre marche est prévue à Québec le 27 novembre – premier jour du gouvernement caquiste à l’Assemblée nationale. Il y a un risque que la pression exercée par Dominic Champagne devienne contreproductive…

Chaque semaine, Mesure Média présente le gain de réputation (ou le déficit) enregistré par une marque, une organisation ou une personnalité au cours de la semaine.

Après avoir tenu compte du coût publicitaire avant négociation d’une retombée de presse, nous évaluons différentes variables d’analyse afin d’établir le gain ou le déficit de réputation de la retombée. Le gain ou le déficit de réputation (en dollars) d’une retombée est calculé à partir de plusieurs critères quantitatifs et qualitatifs pondérés, dont le traitement journalistique accordé au message ainsi que les aspects graphiques et visuels.

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